Elsen tasarkha – Khögnö Khan – Erdene zuu – Tuvkhun

Après plus de quatre heures en 4 × 4 sur route et sur piste, dont une grande partie à travers la steppe, on arrive dans une sorte d’oasis, heureux de pouvoir se poser. Le Sweet Gobi est un très beau campement éphémère et écologique, composé d’une vingtaine de yourtes individuelles, au cœur d’un paysage magnifique. Le regard s’arrête d’un côté sur la montagne sacrée de Khögnö Khan, célèbre lieu de culte pour les chamans et les moines bouddhistes, de l’autre sur les dunes de sable de l’Elsen Tasarkhai.

Après une nuit réparatrice et un copieux petit déjeuner, il est temps de se mettre en selle. Soit à dos de chameau de Bactriane (Camelus bactrianus, pour les spécialistes !), le fameux chameau à deux bosses local ou alors, plus modestement, à cheval… Une première balade mène au lac Tara. Un enchantement où alternent dunes, roches volcaniques, steppes verdoyantes. Une faune diversifiée y a élu domicile. Ici un vol d’aigrettes, plus loin des grues demoiselles, des perdrix de Daourie.

D’autres excursions sont possibles au départ de Sweet Gobi, l’une des plus belles consistant à se rendre au pied de la montagne sacrée de Khogno Khan, où se trouve le monastère d’Erdene Khamba. Trois petits bâtiments et deux pagodes, en partie restaurés au début des années 1990, après la chute du communisme, avec en contrebas les ruines d’un autre monastère. Seule une moine bouddhiste vit dans ce lieu qui a accueilli jusqu’à mille moines. Ce monastère du XVIIe siècle, voulu par Zanabazar, premier chef spirituel bouddhiste et politique de la Mongolie né en 1635, a été détruit une première fois par un rival de ce dernier et une nouvelle fois, lors des purges soviétiques, au début du XXe siècle.

Les plus courageux poursuivront la route après Erdene Khamba ; à une heure de marche, sur un sentier bordé d’une forêt de bouleaux, se trouvent les ruines du monastère d’Ovgon, restauré par le même Zanabazar, mais hélas rapidement détruit. Les moines qui y vivaient ont été massacrés, vraisemblablement castrés et jetés de la falaise. D’où le nom de la montagne, Khögnö Khan, la sainte montagne des castrés.

Deuxième étape de ce périple, la vallée de l’Orkhon. Classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, cette vallée est le paradis des éleveurs de yaks. Copie quasi conforme de Sweet Gobi, il est un parfait point de départ pour d’autres aventures à la rencontre des familles mongoles comme celle croisée non loin d’Ulan Am.

Cette dernière vit un peu du tourisme et essentiellement de l’artisanat du feutre. De la laine humide, battue, mise en couche et enroulée autour d’un tronc, puis tirée derrière un cheval pendant une heure pour la tasser. Un feutre qui servira à faire des vêtements, des chapeaux, des pantoufles et autres chaussons, mais surtout à isoler les yourtes du froid. Ne jamais oublier que la température clémente l’été peut facilement avoisiner les moins 40 degrés l’hiver. Si l’occasion se présente, vous pourrez partager le repas de la famille : un pot-au-feu de chèvre, avec du chou, des carottes et des pommes de terre, cuit avec des pierres chauffées .

La route qui mène à l’avant-dernière étape passe par l’un des plus grands sites de pèlerinage de Mongolie, le monastère de Tövkhön Khiid, lieu d’ermitage de Zanabazar. De la lignée de Gengis Khan, Zanabazar, non content d’être un Bouddha vivant, était également architecte, sculpteur, peintre et traducteur… Autant de métiers qui lui valurent d’être surnommé le Michel-Ange mongol !

Précoce, il est âgé de 13 ans lorsqu’il découvre cet endroit. A 16 ans, il y médite et, à 19 ans, commence à construire l’ermitage. Il y restera plus de trente années à travailler, à sculpter. C’est ici qu’il créera la première écriture symbolique, le soyombo, utilisée à la cour impériale du Grand Khan, le souverain mongol. Perché à 2 312 mètres, l’endroit se mérite, mais la – relative – difficulté de l’ascension à travers une forêt de conifères offre une vue à 360 degrés à couper le souffle sur trois régions du pays.

Karakorum, l’ancienne capitale de l’Empire mongol fondée par Gengis Khan vers 1220. Située à 370 kilomètres d’Oulan-Bator, la ville ne serait pas d’un intérêt majeur si elle n’abritait le premier musée archéologique national et surtout le monastère d’Erdene Zuu. L’édifice est ceint par 108stupas (monument bouddhique en forme de tour ou de dôme), mais sur les soixante temples construits à l’origine, il n’en subsiste plus qu’une vingtaine. Même arpenté par quelques touristes, l’ensemble reste encore très impressionnant à la fois par sa taille – 1 600 mètres de circonférence – et surtout par la ferveur qui s’en dégage.

Après une dernière nuit passée sur les rives du lac Oghy, un paradis pour les oiseaux – et les moustiques –, il est temps de repartir vers la capitale. Après cinq heures de 4 × 4 sur une route quasi rectiligne, les faubourgs apparaissent avec les premières yourtes qui s’entassent en bordure de la ville. Apparaît une grande centrale thermique qui, sans doute construite en périphérie, se retrouve maintenant, développement urbain oblige, intra-muros.

La circulation reste problématique dans cette ville au modernisme assumé, sans vrai charme, dont la population avoisine désormais 1,5 million d’habitants, soit la moitié de celle du pays. Les anciens centres commerciaux soviétiques sont devenus d’élégants grands magasins. Des gratte-ciel bétonnés poussent çà et là, et les grandes marques internationales y ont déjà trouvé leur vaisseau amiral.

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